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  • Ecosse la 2e chance

    Un soir d’hiver, Mr Vocivélo a déclaré « Il y a un pays où j’aimerais beaucoup aller cet été », je pensais très fort mais sans vouloir l'influencer « Écosse ? » ; et voilà comment nous nous sommes penchés à nouveau sur l’Écosse une région que nous avions déjà parcourue en 2011. La balade écossaise avait été publiée ici.

    Nous nous étions arrêtés à Inverness, il nous restait une envie de découvrir au-delà les Highlands du Nord. A l’extrême nord de l’Écosse, que pouvait-on découvrir ? Des noms qui font rêver Scapa Flow, Cromarty Firth, Black Isle et des villes tellement haut placées sur la carte que nous les pensions hors de portée de nos roues, Thurso, Ullapool et John o’Groats... et plus loin qui sait les îles Orcades, Lewis et Harris, Shetlands... Tous ces lieux paraissaient si lointains. Nous les avons parcourus en imagination avec Google Maps, constatant que la circulation y semblait inexistante sur des routes étroites, l’habitat très dispersé et rare. Bref, idéal pour nos vacances à vélo.

     

    Préparatifs

    Reprenant à notre compte la phrase de Sylvain Tesson, "La carte est le laissez-passer de nos rêves"(1), nous avons passé une bonne partie de l'hiver à rêver sur les cartes sans vraiment préparer d'itinéraire.

    Pour tout préparatif, nous avons acheté un jeu de mâts complémentaires pour doubler les arceaux de la tente. On veut bien rêver mais en cas de vent fort en bord de mer, on préfère s’assurer un minimum d'abri.

    La route est longue depuis Poitiers jusqu’à Inverness, aussi nous voyageons par le train de nuit Londres-Inverness, un "sleeper" où l'on embarque avec les vélos, un service qui se fait rare en Europe. Cette ligne existe encore, mais pour combien de temps ? Difficile à dire car le « Caledonian Sleeper » ne semble pas de toute jeunesse. Le Caledonian Sleeper a le charme des trains de nuit, avec son wagon restaurant de 4 tables, et son menu de produits locaux, ses stewards en gilet écossais et chemise blanche, qui vous accueillent revêtus d'un manteau vert. Le petit déjeuner écossais est servi à l’arrivée à Inverness. Seul petit incident de parcours, pour une raison totalement inexplicable, les draps présentent des aspérités qui irritent la peau comme des milliers de petites épingles et nous ne sommes pas les seuls à nous en plaindre comme en témoignent d'autres voyageurs sur les forums.

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    Après avoir grincé, tressauté, soupiré toute la nuit, le Caledonian Sleeper nous a débarqué dans un dernier sursaut, totalement hagards un vendredi matin sur le quai d’Inverness ... avec nos 2 vélos, notre remorque, nos 8 sacoches, nos doubles-mats et notre matériel de camping.

    En route pour les Orcades

    Débarqués à 9h00 à Inverness, notre premier objectif est de suivre la North Sea Cycle Route, la route numéro 1 que nous connaissons déjà pour l’avoir parcourue au Danemark, en Allemagne, en Suède, au Pays-Bas, en Norvège... La route est bien fléchée et nous permet d’atteindre la côte nord en 2 jours, à Tongue, puis de poursuivre vers l’est et la ville de Thurso. La ville est considérée comme la plus septentrionale au Royaume Uni.

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    Après quelques nuits de camping, nous commençons à tirer les leçons de l’expérience : avant de planter la tente, il faut tester le terrain du bout des pieds pour vérifier que celui-ci n’est pas gorgé d’eau, éviter les endroits trop près des mares et abrité du vent (risque de midges) mais ne pas se mettre en plein vent face à la mer. Très romantique le soir au moment de s’installer, mais si le vent se lève dans la nuit, et vous n’auriez plus qu’à déménager en pleine nuit pour vous mettre dans un endroit moins exposé.

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    Toujours à l’est, nous poursuivons jusqu’à Giles qui permet d’embarquer sur un ferry en direction des îles Orcades (Orkney Islands). Les Orcades sont constituées d’environ 70 îles dont 13 sont habitées. Nous resterons surtout sur l’île principale, dite Main Island, dont la capitale est Kirkwall (on y produit le fameux whisky "Highland Park"). L’île comporte de nombreux sites archéologiques.

    Qui dit sites archéologiques, dit aussi nombreux bus de touristes. Heureusement, il existe des lieux plus difficiles d’accès. Ainsi, alors que nous pédalons aux Orcades entre Kirkwall et Birsay, nous apercevons un ferry se dirigeant vers la côte. Un coup d’œil à la carte nous permet de confirmer que le ferry dessert la petite île de Rousay. On se décide en 5’, changement de cap et direction le ferry qu’on attrape au vol.

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    L’île des archéologues

    L’île de Rousay compte 200 habitants, une route circulaire de 20 km permet d’en faire le tour. Elle compte aussi un pub, une épicerie, un camping et plusieurs sites archéologiques.

    En arrivant, on observe une certaine activité au terminal du ferry, activité justifiée par un rassemblement d’archéologues (une dizaine), c’est l’heure du cream tea, ils sont tous attablés au pub. Pour notre part, nous apprenons que l'unique camping est fermé en juillet du fait des chantiers archéologiques. Pas grave, on convoite un bout de pelouse bien verte devant le pub, on demande la permission de camper et le marché est conclu. Un repas, une bière au pub, le trajet pour regagner notre tente a été le plus court de tout notre séjour. Le terminal du ferry dispose d'une douche, il suffit de demander la clé au pub.

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    Un ferry plein d’évêques et Saint Magnus

    Le lendemain, après le tour de l’île à vélo et la visite des sites archéologiques (nous sommes pratiquement les seuls visiteurs), nous repartons vers Main Island aux Orcades et la ville de Kirkwall. Surprise le petit ferry est plein à craquer et à regarder de près, la plupart sont des ecclésiastiques reconnaissables au col romain qu’ils portent. L’un d’entre eux nous explique : il est le curé de la paroisse de Kirkwall, consacrée à St Magnus. Cette année, on fête le 900e anniversaire de la mort de St Magnus dont l’histoire s’est déroulée sur la toute petite île de Egilsay (une sombre histoire de décapitation). Une église y a été construite. Tous ces pèlerins étaient réunis sur la petite île de Egilsay, parmi eux des évêques venus de Copenhague, de Norvège, des religieuses et autres dignitaires dont la paroisse célèbre aussi le nom de St Magnus. Demain, on célèbre la grand messe à Kirkwall et nous sommes cordialement invités. Pour l’heure, la plupart de ces pèlerins piquent du nez dans le ferry, le grand air du large aura eu raison de leur dévotion.

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    Nous poursuivons aux Orcades en reprenant la route vers Birsay, puis Stromness. Nous admirons les pierres levées de Stenness, pierres dressées depuis 3000 ans avant JC. On attribuait à certaines de ces pierres, des pouvoirs de guérison. L’une d’elle a disparu, dommage car une légende est restée attachée à cette pierre fendue en 2. Les jeunes gens s’y joignaient les mains pour sceller une amitié ou un amour.

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    Cap vers l'Ouest

    Après les îles Orcades, cap vers l’ouest de l’Écosse où l'on découvre un relief plus contrasté.

    De Thurso, nous longeons la côte nord, vers Tongue (un 2e passage), Durness, puis l’ouest des Highlands. "The North Coast 500" est une route côtière qui couvre 500 miles de paysages sublimes au nord des Highlands, au départ d’Inverness. Lorsque nous n’avons pas le choix d’une route moins fréquentée, nous suivons cet itinéraire, parfois trop fréquenté de voitures de tourisme, de motos et même de bus.

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    Un matin, nous quittons le camping de Badcaul sans douche et sans déjeuner, trop de midges c’est trop. Hier soir, le temps de chauffer l’eau pour les noodles, une nuée de midges s’est écrasée dans la casserole. Nous avalons tout sans faire le tri entre les noodles et les affreuses bestioles.

    Exfiltrés du camping de Badcaul à toute allure, pliage de tente en un temps record, après quelques kilomètres à vélo, nous visons enfin un superbe arrêt avec table de pique-nique. En plein vent, donc normalement exempté de midges. Nous déjeunons tranquillement, avec café et porridge. Un, deux, puis 3 bus de touristes déboulent. Les touristes nous entourent, tournent autour des vélos, photographient, commentent. On se sent observés comme au zoo, c’est nous les bêtes curieuses.

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    Les midges nous agacent, ils se faufilent partout. Les touristes aussi. Et encore, nous n’avions pas choisi d’étendre toute notre lessive comme nous le faisons parfois lors de nos pauses déjeuner.

    Fort heureusement, les endroits tranquilles existent encore loin des regards où la route comme un long ruban se déroule entre les montagnes et les lochs reflètent les paysages en bleu foncé scintillant.

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    Les Highland Games

    A Torridon, le camping nous parait un peu triste pour un bivouac, l’auberge de jeunesse est saturée, la plupart des B&B sont blindés. nous trouvons avec difficulté une chambre disponible dans un B&B. Au matin, nous sommes réveillés par l’odeur des saucisses grillées, Mr Vocivélo demande du porridge. No way, l’hôtesse est offusquée « Je ne fais pas de porridge, je suis anglaise ». Sorry :(

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    Sur la route, le vent ralentit notre allure, nous tenons avec peine les guidons des vélos. Les single tracks, ces voies uniques, nous ralentissent aussi. On doit souvent s’arrêter pour laisser passer les automobilistes qui nous dévisagent, ahuris de nous découvrir à vélo sur "leur" route touristique. Certains nous font des signes d'encouragement s'ils ne sont pas occupés à filmer le paysage par la fenêtre entrouverte.

    Nous avons roulé environ 3 semaines, il reste peu de jours avant le train de retour, nous devons nous rapprocher d'Inverness. Une étape de 70 km sous la pluie nous permet d'en approcher. A Strathpeffer, petit village victorien, c’est le Saturday Game Gathering. Jeux et musiques, lancer de boules écossaises, courses de vélo, musique band, concours de danses écossaises.

     

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    Nous terminons notre périple écossais sur l’île Noire (la Black Isle) en passant la soirée au pub de Fort Rose. En première partie de soirée, une bière prise au pub, deuxième partie de soirée, le resto Fish & Chips, en troisième partie de soirée, bière à nouveau et soirée musique, Oh là là !! La vie écossaise nous plait beaucoup. Nous reviendrons un jour !

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    Référence bibliographique

    (1)Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, Gallimard, 2016